Suivre le fil rouge de la nature
L’utilisation de pigments rouges d’origine animale ou végétale est une pratique ancienne. Précieuse et rare, la teinte pourpre, aussi appelée pourpre impériale, était autrefois réservée aux élites. Derrière cette couleur se cache une histoire fascinante, révélée au détour d’un inventaire des collections muséales à Neuchâtel, dans le cadre d’un projet de digitalisation.

Au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, parmi les milliers de coquilles traitées lors de l'inventaire de la collection historique de mollusques, des fils teintés de pourpre ont rapidement attiré l’attention de la conservatrice. Cette couleur n’est pas anodine : le rouge revêt une forte valeur symbolique. Historiquement, il a été associé à une valeur ostentatoire, religieuse ou encore révolutionnaire. Si l’emploi de pigments rouges d’origine minérale, comme l’ocre, remonte à environ 140'000 ans, l’utilisation de pigments organiques est beaucoup plus récente. Elle remonterait en effet à des populations de chasseurs-cueilleurs sédentaires du Levant, il y a environ 15’000 ans.
L’exploitation des escargots marins pour obtenir le pigment écarlate
Toutefois, ces pigments naturels étaient rares. Avant que la chimie de synthèse ne les supplante, seuls quelques animaux, plantes, et même champignons, avaient été exploités au fil des millénaires. Parmi eux figurent des gastéropodes appartenant à la famille des Muricidés. Ces escargots marins sont à l’origine d’un colorant connu sous le nom de pourpre de Tyr, utilisé en Europe depuis plus de 3’000 ans et par plusieurs peuples d’Amérique centrale dans l’artisanat traditionnel.
Le pigment est obtenu à partir d’un liquide sécrété par leurs glandes. En Europe, ce liquide était principalement obtenu en sectionnant une partie de l’animal, voire en le broyant tout entier. Près de 12'000 coquilles étaient nécessaires pour produire à peine 1,4 gramme de pourpre. Ce colorant était si précieux que, sous l’Empire romain, seuls les patriciens avaient le droit de porter des tissus teints en pourpre, toute transgression étant passible de la peine de mort.
En Amérique centrale, l’exploitation se faisait principalement en massant le pied de l’animal pour en extraire le précieux liquide, avant de le redéposer vivant dans son habitat. Aujourd’hui encore, c’est cette méthode qui est utilisée pour obtenir la teinture dans cette partie du monde. Certaines espèces bénéficient d’un statut de protection particulière et la méthode d’exploitation est réglementée pour assurer la survie tant de l’espèce que de la tradition.
Des spécimens bientôt à portée de clic
La collection de mollusques et coraux du Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel trouve son origine il y a plus de 200 ans et contient de nombreux spécimens à haute valeur scientifique et historique. Jusqu’à récemment, très peu de spécimens avaient été saisis dans une base de données numérique. Grâce à SwissCollNet, cette collection a été entièrement digitalisée. Le portail en ligne SwissNatColl sera prochainement accessible : il permettra aux chercheuses, chercheurs et au grand public de découvrir librement de nombreux trésors historiques provenant d’institutions suisses.
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SwissCollNet
Le Réseau suisse des collections d'histoire naturelle (SwissCollNet) de l'Académie suisse des sciences naturelles s'engage pour une meilleure mise en valeur des collections d'histoire naturelle en Suisse. Soutenu par la Confédération, SwissCollNet crée, en collaboration avec des musées, des hautes écoles et des jardins botaniques, les bases de la numérisation ainsi que de la gestion et de l'utilisation à long terme des collections.
Contact
Celia Bueno
Muséum d'histoire naturelle de Neuchâtel
Rue des Terraux 14
2000 Neuchâtel
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