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Une collection botanique riche… et révélatrice d’une fraude

Au Naturéum, à Lausanne, un projet de numérisation a débouché sur deux découvertes étonnantes. La collection d'herbier de Philippe-Jacques Müller, essentielle pour la classification des plantes du genre Rubus (ronces) en Europe, s’est révélée plus riche que prévue. Mais le projet a également permis de mettre en lumière les manipulations du botaniste Henri Sudre, qui a exploité l'herbier de Müller à des fins personnelles.

Exemples de macrophotographies montrant la diversité des phénotypes (traits observables) entre les taxons de Rubus
Exemples de macrophotographies montrant la diversité des phénotypes (traits observables) entre les taxons de Rubus
Exemples de macrophotographies montrant la diversité des phénotypes (traits observables) entre les taxons de RubusImage : Naturéum - Nicolas Bonzon
Image : Naturéum - Nicolas Bonzon

Le genre Rubus, dont fait par exemple partie le framboisier, est reconnu dans le domaine de la botanique comme un genre complexe. La raison ? Une diversification relativement récente à l'échelle évolutive (il y a environ 20 millions d’années) et des lignées qui ont chacune développé une combinaison unique de traits. Cette diversité se reflète justement dans l’herbier de Philippe-Jacques Müller (1832-1889), conservée par le département de botanique du Naturéum, à Lausanne. La collection de cet influent botaniste français du XIXème siècle compte un nombre important de types (spécimens de référence pour nommer et décrire une nouvelle espèce).

Un herbier encore plus riche qu’attendu

Connu pour avoir été le premier à décrire des centaines d'espèces de Rubus, Müller collaborait avec de nombreux botanistes européens, recevant en échange des milliers de spécimens. Son importante collection avait déjà été largement étudiée avant le projet de numérisation et de révision SwissCollNet porté par le Naturéum, avec 257 spécimens types identifiés. Cependant, la richesse de cette collection s'est avérée bien plus grande qu'on ne le pensait. Le projet a ainsi révélé 562 spécimens de référence supplémentaires !

Cette découverte remarquable démontre que la collection de Müller est une ressource précieuse pour les études taxonomiques, offrant de nouvelles perspectives à la compréhension des ronces européennes. Cette percée souligne également l’importance du travail de digitalisation et de révision réalisé par les institutions abritant des collections d’histoire naturelle. Leur travail permet de révéler tout le potentiel de collections parfois longtemps négligées.

Sudre, un botaniste fraudeur

Au cours du projet, le Naturéum a également découvert les actions peu scrupuleuses d'Henri Sudre (1862-1918). Cet autre botaniste français, réputé pour son œuvre monographique Rubi europae, a été chargé de réviser certaines parties de l'herbier de Müller. Bien que Sudre ait contribué à des travaux précieux, l’analyse de son herbier par le Naturéum a révélé des preuves de fraude.

Dans son ambition de créer la collection la plus complète possible de ronces, Sudre a secrètement transféré des spécimens de Müller dans sa propre collection. Pire encore, il a souvent omis ou falsifié des détails, comme le nom de Müller ou les dates de collecte, faisant ainsi croire que ces spécimens ne faisaient pas partie de l'herbier de son confrère. En comparant la collection de Sudre à celle de Müller, le Naturéum a ainsi pu mettre en évidence plusieurs cas de falsification.

Grâce à ce projet de digitalisation, l’équipe du Naturéum souligne le rôle-clé de la transparence dans l'étude et la préservation des collections scientifiques. Il montre également qu’un voyage dans le passé peut révéler bien des surprises, tantôt fascinantes, tantôt inquiétantes.

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SwissCollNet

Le Réseau suisse des collections d'histoire naturelle (SwissCollNet) de l'Académie suisse des sciences naturelles s'engage pour une meilleure mise en valeur des collections d'histoire naturelle en Suisse. Soutenu par la Confédération, SwissCollNet crée, en collaboration avec des musées, des hautes écoles et des jardins botaniques, les bases de la numérisation ainsi que de la gestion et de l'utilisation à long terme des collections.

  • Spécimen de Rubus setulosus P.J. Müll. & Lefèvre provenant de la collection de Philippe-Jacques Müller à Lausanne (LAU : LAU-0133500)
  • Exemple d’un spécimen type (Rubus integribasis P.J. Müll. ex Boulay)  provenant de la collection de Philippe-Jacques Müller à Lausanne (LAU : LAU-0122384)
  • Spécimen de Rubus setulosus P.J. Müll. & Lefèvre provenant de la collection de Philippe-Jacques Müller à Lausanne (LAU : LAU-0133500)Image : Naturéum - Nicolas Bonzon1/2
  • Exemple d’un spécimen type (Rubus integribasis P.J. Müll. ex Boulay) provenant de la collection de Philippe-Jacques Müller à Lausanne (LAU : LAU-0122384)Image : Naturéum - Nicolas Bonzon2/2
  • Spécimen de Rubus setulosus P.J. Müll. & Lefèvre provenant de la collection de Philippe-Jacques Müller à Lausanne (LAU : LAU-0133500)
  • Exemple d’un spécimen type (Rubus integribasis P.J. Müll. ex Boulay)  provenant de la collection de Philippe-Jacques Müller à Lausanne (LAU : LAU-0122384)
Spécimen de Rubus setulosus P.J. Müll. & Lefèvre provenant de la collection de Philippe-Jacques Müller à Lausanne (LAU : LAU-0133500)Image : Naturéum - Nicolas Bonzon1/2

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Contact

Patrice Descombes
NATURÉUM
Département de botanique
Avenue de Cour 14bis
1007 Lausanne